Les mythes autour du diabète au Cameroun

Le diabète est une maladie chronique non transmissible qui traduit un taux élevé de sucre dans le sang. Elle est généralement dans le contexte africain entourée de nombreux mythes. Le Cameroun n’échappe pas à cette réalité. La principale raison de leur existence va être la méconnaissance de la maladie par les patients et leur entourage et l’absence ou l’insuffisance d’une information adaptée à la prise en charge quotidienne de la maladie. Cette situation n’étant pas sans conséquence, l’itinéraire thérapeutique des patients qui succombent à ces croyances est complexe associant le plus souvent la médecine traditionnelle et beaucoup d’autres procédés pas toujours connus, ce qui rend la prise en charge de cette maladie délicate dans notre contexte.

Le diabète et particulièrement celui de type 2 est une maladie des paradoxes, contrastes et des contraintes. Paradoxes et contrastes parce qu’elle touche le plus souvent les personnes ayant « l’embonpoint » c'est-à-dire qui présente « extérieurement » un bon état de santé. Ces personnes sont considérées de par leur poids et de par leur statut social comme celles ayant réussi dans la société, elle est de ce fait appelée maladie des « riches », c'est-à-dire celle de ceux qui ne vont pas marcher à pieds et/ou ne manquent ni à manger, ni à boire, sur leurs tables. Contraignant car une fois diagnostiqué, le diabète bouscule toutes les dimensions de la personne (Cédée-Anne Leclair, 2009). C’est une maladie qui va soit directement ou indirectement  remettre en question le corps du malade (de par sa corpulence, son mode de vie (ses moyens de locomotion qui le rendent sédentaires), ses choix alimentaires (difficile de se séparer de ces repas et ces vins qu’on aime ; aussi, ne plus se reconnaitre à travers l’aliment qui permet de lier, de s’associer, de se distinguer et /ou de s’affirmer  va faire passer le patient pour un exclu social donc le stigmatisant un peu plus, sa sexualité (car peut s’accompagner des dysfonctionnements érectiles quand il est mal équilibré ) et enfin sa chronicité qui demande une prise régulière et continue des médicaments et de fait représente un poids économique non négligeable pour sa prise en charge.

Pour toutes les raisons ci-dessus évoquées, le diabète va être considéré comme une maladie dérangeante dont il faut se débarrasser rapidement ou alors qu’on va décider de laisser sans traitements car exige trop de privations. Elle va donc donner lieu à des supputations de toutes sortes et sera l’objet de toutes les expériences pour les patients en manque de la bonne information. Certains patients iront jusqu’à boire leurs urines, des concoctions de tout genre à l’exemple de l’eau de « ndolè » dans l’espoir de guérir de cette maladie. Des potions qui risquent parfois de créer des dysfonctionnements dans l’organisme vu qu’aucune étude scientifique sérieuse n’est à la base des effets qu’on leur attribue. C’est donc le lieu ici de rappeler aux patients que cette maladie est effectivement chronique, donc elle demande de prendre des médicaments toute sa vie à partir de son dépistage, qu’elle n’est pas guérissable par de tels procédés (urines, ndolè, etc.) et que le meilleur moyen de la prendre en charge est de se rapprocher des maisons, associations ou cliniques diabétiques ou hôpital pour se faire informer correctement. Le premier médicament ici est l’éducation thérapeutique et le respect des mesures hygiéno-diététiques c'est-à-dire éviter les aliments gras, éviter l’alcool, éviter les aliments sucrés, faire beaucoup de sport et faire suivre régulièrement sa glycémie pour éviter les complications.